Miss Tetanos (Und) Sri.Fa feat Stephen O'Maltine (BE)

MISS TETANOS « Don’t Drink So Much Than Nostradamus » Qu’est ce qui peut faire tanguer une usine ? Cette question essentielle n’avait jusqu’ici récolté que des réponses saugrenues, voire des railleries obscènes. Miss Tetanos apporte enfin l’illumination rédemptrice, celle de la puissance faite musique, celle de la mélodie transformée en force tellurique. Beat. Electro. Kraut. Carolowave. C’est noir et sombre. Cela se déroule comme une nuit qui ne fait que commencer. Entre espoir de décollage immédiat et prémices secoués de plaisirs à venir. « 136 Hidalgo » pose les jalons d’une épopée annoncée, donnant à entendre les échos industriels d’un Kraftwerk survitaminé. Le krautrock du meilleur cru s’impose, en effet, en référence. Miss Tetanos n’a pas peur des points de comparaison. Elle les assume. L’électronique se fait brute offrant des reflets obscurs inspirés d’une dark wave qui sent la rouille rédemptrice et la sueur des épidermes qui s’échauffent. Déjà, l’usine frémit. Au fil des morceaux, le frémissement se fait insistant, imprimant un rythme de plus en plus prononcé. « Averemissé », « Possession Brew », la face A se voit portée par les sonorités habitées de Sri.Fa tandis que Stephen O’Maltine met sous tension ses percussions. Ça trace. Les pulsions sont autant organiques que métalliques. Le theremin de Miss Tetanos survole l’ensemble, comme une liberté déclinée en ondes, comme une folie sortie du cerveau dérangé d’une laborantine aux yeux de mouche, comme un logo détourné qui verrait la mise à mort d’un oiseau innocent par une silhouette tabagique féminine. Mais le meilleur est à venir. « Der Leiermann » ouvre la face B comme craque l’arc électrique d’un four en métallurgie. La tête. Le tronc. Les membres. Fusion ultime. Le corps devient usine. L’usine devient corps. Ça tangue. Ça tangue. Pendant plus de 10 minutes. Et si Miss Tetanos clôture son deuxième album avec un « Don’t drink so much than Nostradamus » qui est censé nous faire croire que nous avons rêvé sous l’emprise de l’alcool, ne vous y fiez pas. L’usine a réellement tangué. Sous vos pieds en transe, elle s’est faite chair en coulée continue, animée de soubresauts électroniques. Dirk Weis Le grand retour des maîtres incontestés de la sauce Samouraï, et le fameux gang de Carolos sait de quoi il parle et connait bien la recette. Un cornet de frites, une bière trappiste sur un fond de ciel gris-chocolat-bleu-pâle et un vieux pipeline rouillé au dessus de la tête, le panorama idéal pour invoquer le songe prophétique d'une trance longitudinale, le subtil esprit du feu, celui qui glisse doucement vers l'EBM et l'indus pour se terminer en fête de village pour Barakis imbibés à la Jup'. Encore un nom à coucher dehors pour une musique à danser debout, assis sur la tête, les jambes ecartées action-tourbillon en vitesse de croisière, approximativement 140bpm. (Electric Junk)